Soins du Cheval

Colique du cheval : reconnaître l'urgence et réagir vite

Margaux Delaunay 11 min de lecture
Colique du cheval : reconnaître l'urgence et réagir vite

La colique du cheval désigne une douleur abdominale, jamais une maladie précise. L’Institut français du cheval et de l’équitation en fait la première cause de mortalité chez les équidés. La très grande majorité des épisodes se résout par un traitement médical. Le pronostic dépend surtout du délai entre les premiers signes et l’appel au vétérinaire.

La colique du cheval est un signe, pas un diagnostic

Le mot ne dit rien de la cause. Il décrit un signe : le cheval a mal au ventre, et cette douleur peut venir d’une simple accumulation de gaz comme d’un segment d’intestin en train de se nécroser. Le travail du vétérinaire consiste précisément à trancher entre les deux.

L’anatomie explique cette vulnérabilité. Selon l’IFCE, le tube digestif du cheval compte très peu de points d’attache dans la cavité abdominale : il y est presque entièrement flottant. Ajoute à cela une sensibilité marquée au stress et à la douleur, et le terrain est posé.

Les mêmes travaux de l’IFCE répartissent l’incidence moyenne des coliques par segment atteint :

  • Côlon : 32 %
  • Intestin grêle : 19,2 %
  • Cæcum : 4,5 %
  • Estomac : 2,5 %
  • Rectum : 0,7 %
  • Origine non identifiée : 37,4 %

Retiens la dernière ligne. Plus d’un tiers des épisodes ne reçoit jamais d’étiquette anatomique précise, parce qu’ils se résolvent avant d’exiger une exploration poussée.

L’IFCE décrit une pathologie multifactorielle et classe les facteurs de risque selon leur niveau de preuve. Ceux qu’il retient comme avérés :

  • La vie en box, qui favorise l’inactivité
  • Les antécédents de coliques chez le même cheval
  • Le tic à l’appui et le pica, tous deux révélateurs d’ennui
  • Les changements de lieu de vie, en particulier le passage du pâturage au box
  • Un niveau d’activité extrême, dans un sens comme dans l’autre
  • Le parasitisme gastro-intestinal
  • La présence de concentrés et la consommation de paille dans la ration

À l’inverse, la race, le sexe, l’âge et le transport figurent parmi les facteurs suspectés mais non prouvés, faute de données concordantes.

Côté fréquence, la revue Le Nouveau Praticien Vétérinaire Équine retenait en 2024 une incidence estimée de 4,2 épisodes de coliques pour 100 chevaux et par an, avec un recours à la chirurgie dans 1,4 à 10 % des cas. Autrement dit : ton cheval a une probabilité réelle de faire une colique dans sa vie, et une probabilité faible de finir sur une table d’opération.

Cheval au box qui se regarde le flanc, signe précoce de colique

Les signes qui doivent te faire lâcher ce que tu fais

Un cheval en colique parle avec son corps. La clinique vétérinaire de Grosbois formule une règle simple : l’intensité des symptômes est proportionnelle à l’intensité de la douleur. Un cheval qui gratte mollement et un cheval qui se jette au sol ne racontent pas la même histoire.

Les manifestations les plus fréquentes :

  • Regards répétés vers le flanc, coups de dents ou de pied vers le ventre
  • Grattage du sol, piétinement, changements de position incessants
  • Coucher et relever en boucle, roulades parfois violentes
  • Sudation sans effort, souvent en plaques sur l’encolure et les flancs
  • Refus total de la nourriture chez un cheval habituellement gourmand
  • Absence de crottins frais dans le box depuis plusieurs heures
  • Postures d’urination répétées sans émission d’urine

Un cheval qui s’isole, qui ne répond plus à l’approche ou qui reste figé dans un coin envoie déjà un signal. Savoir lire ces micro-changements suppose de connaître son animal au quotidien, ce que développe le guide sur la relation homme-cheval et la lecture de son comportement.

Les sept constantes à relever avant de décrocher

Le vétérinaire te posera des questions chiffrées. Prends deux minutes pour mesurer, avant d’appeler. Les valeurs de référence ci-dessous proviennent des normes publiées par l’IFCE :

  • Fréquence cardiaque : 24 à 40 battements par minute au repos, anormale au-delà de 44
  • Température rectale : 37,5 à 38 °C chez l’adulte au repos, anormale au-delà de 38,5 °C
  • Fréquence respiratoire : 10 à 14 cycles par minute, anormale au-delà de 16 au repos
  • Couleur des muqueuses de la gencive ou de l’œil : rosées à l’état normal
  • Temps de remplissage capillaire : inférieur à 2 secondes après pression du doigt sur la gencive
  • Bruits intestinaux au stéthoscope : environ un bruit par minute dans tout l’abdomen
  • Pli de peau au-dessus de la paupière : retrait rapide, une persistance de plus de 2 secondes signe la déshydratation

Le couple fréquence cardiaque et bruits intestinaux porte l’essentiel de l’information. Un cœur qui grimpe pendant qu’un abdomen devient silencieux décrit une situation qui se dégrade, quelle que soit l’apparence extérieure du cheval.

Ce que le vétérinaire va te demander

Prépare les réponses pendant que tu attends. Le tri téléphonique décide de la vitesse d’intervention :

  • L’heure exacte des premiers signes, notée, pas estimée
  • L’évolution depuis : stable, amélioration, aggravation
  • Les constantes relevées et l’heure de la mesure
  • La date et l’aspect du dernier crottin observé
  • Le dernier repas distribué et tout changement récent d’aliment, de lot de foin ou de pré
  • Les produits déjà administrés, avec la dose et l’heure
  • L’intensité des roulades et le risque de blessure dans le box

Vétérinaire équin auscultant l’abdomen d’un cheval au stéthoscope

Trois familles de coliques, trois pronostics

La clinique vétérinaire de Grosbois classe les causes en trois grands groupes, du plus bénin au plus grave.

Le dysfonctionnement digestif domine largement. Il rassemble les spasmes, les distensions gazeuses et les impactions du gros intestin. Le tympanisme, cette distension par accumulation de gaz, arrive en première cause toutes catégories confondues. L’impaction alimentaire vient juste derrière : le fameux bouchon, le plus souvent bloqué au niveau de la courbure pelvienne du côlon. Bonne nouvelle, son traitement reste médical dans plus de huit cas sur dix, à base de laxatifs, d’anti-inflammatoires et parfois de perfusions.

Le déplacement intestinal constitue le deuxième groupe. Un côlon distendu par les gaz remonte et se coince, soit à gauche entre la paroi abdominale et la rate, soit à droite. La douleur varie beaucoup d’un cheval à l’autre. Le traitement démarre en médical, la chirurgie n’intervient qu’en cas d’échec, et le pronostic global reste bon. Chez les grands chevaux sujets aux récidives à gauche, une fermeture chirurgicale de l’espace néphro-splénique sous laparoscopie se pratique debout, en prévention.

Les torsions et incarcérations forment le troisième groupe, celui qui tue. Un segment d’intestin se tord ou se coince, l’apport sanguin s’interrompt, la paroi se nécrose. Les bactéries intestinales franchissent alors cette paroi devenue perméable et passent dans la circulation. Grosbois donne le chiffre qui doit rester en tête : au bout de 6 à 8 heures, le pronostic devient sombre et la chirurgie n’est plus curative, l’état de choc général étant trop avancé. L’intestin grêle concentre ces accidents, avec ses 25 mètres de long pour 5 centimètres de diamètre.

Quatre observations orientent vers la seconde catégorie, celle qui réclame une décision rapide :

  • Une douleur qui ne cède pas malgré l’administration d’analgésiques
  • Une fréquence cardiaque qui continue de grimper au fil des heures
  • Un abdomen devenu silencieux au stéthoscope
  • Un état général qui se dégrade alors que la douleur semble diminuer

Dernier cas, plus rare : la douleur abdominale n’est pas toujours digestive. Une rupture vésicale ou une torsion utérine produit les mêmes signes extérieurs. Les postures d’urination répétées sans jet, listées par l’IFCE parmi les signes anormaux de miction, orientent vers cette piste. Seul l’examen clinique tranche, jamais l’observation depuis le couloir d’écurie.

Les trente premières minutes comptent le plus

Rien de ce que tu fais ne remplace le vétérinaire. En revanche, ce que tu fais avant son arrivée pèse sur le pronostic. La conduite recommandée par la clinique vétérinaire de Grosbois tient en quelques gestes.

À faire tout de suite :

  • Retirer tout accès à la nourriture, foin compris, ou poser un panier de jeûne
  • Laisser l’eau propre accessible, sans forcer le cheval à boire
  • Sortir le cheval et le faire marcher en main, à un rythme calme
  • Noter l’heure des premiers signes et celle de chaque changement
  • Dégager le box des seaux, licols et objets contre lesquels il pourrait se blesser
  • Appeler sans attendre en cas de coliques violentes, de sudation ou de ballonnement

À éviter absolument :

  • Injecter ou donner un médicament de ta propre initiative
  • Recourir aux huiles, tisanes ou mélanges maison présentés comme un traitement naturel
  • Pousser à la marche un cheval épuisé qui s’écroule
  • Attendre une amélioration spontanée quand la douleur dure ou revient
  • Redonner du foin ou des granulés à la première accalmie, avant l’avis du vétérinaire
  • Laisser le cheval sans surveillance tant que la douleur n’a pas totalement cédé

Le premier point mérite une insistance particulière. Certaines substances masquent la douleur de façon prolongée, retardent le diagnostic et donc la décision d’opérer. Un cheval calmé par un produit mal choisi peut sembler tiré d’affaire pendant que son intestin se nécrose.

En structure, la question de qui appelle et qui décide se règle avant l’incident, pas pendant. Un contrat de pension pour chevaux précise normalement les modalités d’appel du vétérinaire et la conduite à tenir en cas d’urgence quand le propriétaire est injoignable.

Main tenant un chronomètre près d’un cheval marché en main dans une allée d’écurie

Quand la chirurgie s’impose, et ce qu’elle coûte

Le chiffre rassurant d’abord : selon la clinique vétérinaire de Grosbois, 10 % des cas seulement nécessitent un recours à la chirurgie ou se révèlent fatals. La grande majorité rétrocède spontanément ou grâce à un traitement médical simple.

La décision d’opérer se prend sur la douleur qui ne cède pas aux analgésiques et sur l’aggravation de l’état général. La revue Le Nouveau Praticien Vétérinaire Équine détaille les examens qui, combinés à l’examen clinique, orientent vers un traitement médical, une chirurgie ou une euthanasie :

  • Bilan sanguin
  • Palpation transrectale
  • Sondage naso-gastrique
  • Échographie abdominale
  • Paracentèse abdominale

Une fois la décision prise, la mécanique s’enclenche vite. L’intervention dure entre 2 et 5 heures et mobilise environ quatre personnes autour de la table, chirurgien, assistant, anesthésiste et infirmier. Le chirurgien ouvre sur la ligne blanche, sous le ventre, pour palper et extérioriser les organes abdominaux.

L’après compte autant. Le cheval reste en soins intensifs 2 à 5 jours sous perfusion, puis sous surveillance 5 jours supplémentaires avec une réalimentation progressive en foin et en granulés. La cicatrisation complète de la paroi abdominale prend ensuite plusieurs mois, période pendant laquelle ni liberté ni travail ne sont possibles.

Faut-il assurer son cheval pour ce risque ?

Grosbois pose l’équation clairement : le risque qu’un cheval subisse une chirurgie de colique reste faible, de l’ordre d’un sur cent sur une période d’un an, mais le coût associé se situe entre 4 000 et 6 000 euros. Un événement peu probable et lourd financièrement décrit exactement ce qu’une assurance couvre correctement.

Autre décision à prendre à froid : indiquer à tes proches et au gérant de ton écurie si tu souhaites ou non une intervention chirurgicale en cas de coup dur pendant ton absence. Personne ne devrait avoir à improviser cette réponse à trois heures du matin.

Chevaux au pré autour d’un râtelier de foin, ration fractionnée et abreuvoir propre

Prévenir se joue dans la conduite d’écurie

La prévention des coliques passe par l’anticipation des changements, résume l’IFCE, qui pose une relation directe : toute modification du régime alimentaire, du lieu de vie ou du niveau d’activité augmente le risque.

Les leviers concrets, tirés des recommandations de l’IFCE :

  • Respecter une transition alimentaire de 4 à 8 jours à chaque changement d’aliment, de lot de foin ou de mise à l’herbe
  • Fractionner la ration, en privilégiant 3 ou 4 repas de concentrés à heures régulières
  • Stocker granulés et céréales dans un local fermé, hors d’atteinte
  • Offrir une eau fraîche et propre en libre service, un cheval buvant normalement de 15 à 60 litres par jour
  • Aménager des sorties quotidiennes pour tout cheval vivant en box
  • Gérer le pâturage au printemps et éviter les prés surpâturés, où le cheval ingère de la terre
  • Suivre un programme de vermifugation défini par le vétérinaire et faire contrôler la dentition

La clinique vétérinaire de Grosbois ajoute une limite utile : les concentrés ne devraient pas excéder 50 % de la ration, le reste revenant à un fourrage de bonne qualité. Le détail des quantités et des équilibres figure dans le guide de l’alimentation du cheval.

Le parasitisme mérite une mention à part. L’IFCE rappelle que les ténias se fixent sur la valvule iléo-cæcale et que plusieurs études rapportent une association avec des coliques iléo-cæcales. La coproscopie détecte mal ces parasites en individuel, d’où l’intérêt d’un protocole raisonné plutôt que d’une vermifugation au hasard.

L’hiver concentre les risques, entre eau glacée qui décourage la boisson et ration qui bascule vers le foin sec. Les réflexes saisonniers sont détaillés dans les soins du cheval en hiver. Le mode de logement joue aussi : la conception des boxes, la surface disponible et la possibilité de mastiquer longtemps se décident au moment d’aménager une écurie respectueuse du bien-être des chevaux.

Prochaine étape concrète : affiche dans ton écurie les valeurs normales de fréquence cardiaque, de température et de temps de remplissage capillaire, avec le numéro d’urgence de ta clinique équine. Le jour où ton cheval gratte et se regarde le flanc, tu gagneras les dix minutes qui comptent.

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