Soins du Cheval

Alimentation du cheval : nourrir sa monture sans se tromper

Margaux Delaunay 6 min de lecture
Alimentation du cheval : nourrir sa monture sans se tromper

Un cheval de 500 kg mange 7,5 à 10 kg de foin par jour (1,5 à 2% du poids vif selon l’IFCE), boit 20 à 60 litres d’eau et mastique 16 à 18 heures quotidiennes. Son estomac ne dépasse pas 15 à 18 litres, impossible de nourrir un cheval en 2 gros repas. L’alimentation conditionne la santé digestive, la qualité des pieds, le comportement et les performances.

Le système digestif : 3 règles non négociables

Le cheval est un herbivore monogastrique. Son estomac, ridiculement petit (15-18 L pour un animal de 500 kg), ne gère que de faibles quantités à la fois. Le gros intestin (cæcum + côlon) fermente les fibres grâce à une flore microbienne spécialisée.

Trois règles découlent de cette anatomie :

  1. Fractionner les repas : minimum 2-3 distributions/jour. Mieux : 4-5 petites portions. Un estomac vide produit de l’acide chlorhydrique en continu → ulcères gastriques (prévalence : 60 à 90% des chevaux de sport selon les études)
  2. Fourrage à volonté : le cheval doit mastiquer 16-18h/jour. Moins de 12h de mastication = risque de stéréotypies (tic à l’appui, tic de l’ours)
  3. Transitions progressives : toute modification de ration s’étale sur 10-15 jours. La flore intestinale met 2 semaines à s’adapter. Changement brutal = coliques, fourbure

Le foin : 60 à 100% de la ration

Le fourrage (foin, herbe) constitue la base. Un cheval au repos ou en travail léger vit exclusivement de bon foin. L’IFCE recommande 1,5 à 2% du poids vif en matière sèche (MS) quotidienne, soit environ 9 kg de foin brut pour un cheval de 500 kg (foin à 85% de MS).

Reconnaître un bon foin

CritèreBon foinMauvais foin
CouleurVert à vert-jauneBrun, jaune paille
OdeurHerbacée, agréableMoisi, ammoniaque
TextureSouple, feuilles présentesTiges sèches uniquement
PoussièreAbsente en secouantNuage visible
CompositionGraminées + légumineusesPlantes indéterminées

Le foin de prairie naturelle (mélange graminées/légumineuses) convient à 80% des chevaux. Le foin de luzerne, plus riche en protéines (15-20% vs 8-12%) et en calcium, se réserve aux juments allaitantes et aux chevaux en travail intense.

Filet à foin : ralentir l’ingestion

Un filet à mailles serrées (3-4 cm) prolonge la durée de consommation de 2 à 4 heures. Le cheval reproduit son comportement naturel de broutage. Résultat : moins de coliques, moins de stéréotypies, meilleure usure dentaire.

Les concentrés : uniquement si le foin ne suffit pas

Les céréales et granulés complètent le fourrage quand les besoins énergétiques dépassent ce que le foin apporte seul. L’IFCE situe les besoins d’entretien d’un cheval de 500 kg à 4,1 UFC/jour (Unités Fourragères Cheval) et 267 g MADC/jour (Matières Azotées Digestibles Cheval).

Comparatif des céréales

CéréaleÉnergie (UFC/kg)ProtéinesEffetDistribution
Avoine0,8610%Légèrement excitantAplatie
Orge1,011%Énergie stable, prise d’étatAplatie ou floconnée
Maïs1,189%Très énergétiqueFloconné, max 1 kg/repas

L’avoine reste la céréale traditionnelle : bien tolérée, bonne digestibilité une fois aplatie. Son léger effet excitant convient aux chevaux calmes au travail.

L’orge apporte une énergie plus stable. Distribuée floconnée, elle fait reprendre de l’état aux chevaux maigres.

Le maïs est un concentré pur énergie, pauvre en fibres. Maximum 1 kg par repas, toujours associé à d’autres sources.

Les granulés industriels offrent une ration prête à l’emploi, calibrée par profil (repos, travail, croissance). Plus cher que les céréales brutes, mais plus simple à gérer pour un cavalier débutant propriétaire.

L’eau : 20 à 60 litres par jour

La consommation varie selon la température, l’effort et la ration. Un cheval nourri au foin sec boit plus qu’un cheval au pré (herbe = 70-80% d’eau).

Règle terrain : eau propre, fraîche, disponible 24h/24. Les abreuvoirs automatiques masquent la consommation, vérifier leur fonctionnement et les nettoyer chaque semaine.

En hiver, les chevaux boivent moins spontanément alors que le foin sec augmente les besoins. Proposer de l’eau tiédie (10-15°C, pas chaude) augmente la consommation de 20 à 40%.

Signe de déshydratation : le test du pli de peau. Pince la peau de l’encolure : si le pli met plus de 2 secondes à disparaître, le cheval manque d’eau.

Compléments minéraux

Bloc de sel : disponible en permanence au box et au pré. Un cheval de 500 kg consomme 20 à 40 g de sel/jour. Le sel marin non raffiné apporte le sodium nécessaire au métabolisme.

CMV (Complément Minéral Vitaminé) : compense les carences du fourrage, surtout en zinc, cuivre et sélénium. Choisir un CMV adapté à la région et au type de fourrage. Budget : 15 à 25€/mois.

Les chevaux au pré manquent souvent de zinc (immunité, qualité de corne) et de sélénium (muscles, fertilité). Une analyse de fourrage (50-80€) identifie les carences exactes.

Erreurs fréquentes et solutions

ErreurRisqueSolution
Trop de concentrés, peu de foinUlcères gastriques, coliquesRatio minimum 60% fourrage
Changement brutal de rationColiques, fourbureTransition 10-15 jours
Repas juste avant le travailTroubles digestifs, inconfortAttendre 1h30 après le repas
Foin moisiProblèmes respiratoires (RAO)Contrôler chaque balle, mouiller si doute
Pas de sel à dispositionDéshydratation, baisse de formePierre à lécher permanente
Foin au sol sur litièreParasites ingérésRâtelier ou filet à foin

Adapter la ration selon l’activité

ActivitéFourrage (kg/j)Concentrés (kg/j)UFC/jourObservation
Repos / pré8-1004,1Foin seul + CMV
Travail léger (1-3h/sem)8-100-15-6CMV recommandé
Travail modéré (3-5h/sem)8-101-36-8Adapter selon l’état
Travail intense (6h+/sem)7-93-58-10Fractionner 3-4 repas
Jument allaitante10-122-48-9Protéines +30%

Ces chiffres concernent un cheval de selle de 500 kg. Ajuster selon le poids réel, la race et la discipline pratiquée.

Cas particuliers

Cheval en surpoids : foin de qualité nutritive basse (récolte tardive, plus fibreux), 0 concentré, exercice quotidien. L’IFCE recommande un régime exclusivement fourrager pour les chevaux à faibles besoins.

Cheval âgé (20 ans+) : problèmes dentaires fréquents → foin trempé ou remplacé par du fourrage haché. Concentrés sénior à fibres longues. Complémentation en oméga-3 pour les articulations.

Poulain en croissance : lait maternel jusqu’à 6 mois, puis transition progressive vers foin + concentrés croissance. Ne pas suralimenter, la croissance trop rapide provoque des pathologies ostéo-articulaires (OCD).

Budget alimentation mensuel

PosteBox (foin acheté)Pré (herbe + foin hiver)
Foin80-150€40-80€ (6 mois/an)
Concentrés0-60€0-30€
CMV15-25€15-25€
Sel3-5€3-5€
Total98-240€/mois58-140€/mois

Le foin représente 60 à 80% du budget alimentaire. Acheter en direct chez un agriculteur local réduit le coût de 20 à 30% par rapport au revendeur.

Contrôler l’état du cheval

La Note d’État Corporel (NEC) sur une échelle de 0 à 5 évalue visuellement et au toucher la couverture graisseuse. NEC idéale : 2,5 à 3. Côtes non visibles mais palpables.

NECÉtatAction
0-1Maigre, côtes visiblesAugmenter fourrage + concentrés, vétérinaire
2-2,5MinceAugmenter légèrement les apports
2,5-3OptimalMaintenir la ration
3,5-4En surpoidsRéduire concentrés, exercice
4,5-5ObèseRégime strict, risque fourbure

Peser son cheval chaque mois avec un ruban barymétrique (15€ en sellerie) reste le meilleur suivi. Les variations de poids guident l’ajustement de la ration mieux que l’œil seul.

Prochaine étape : peser ton cheval, évaluer sa NEC, analyser ton foin si possible. Ajuster la ration en conséquence. Un vétérinaire nutritionniste propose des bilans pour 80-120€, investissement rentable sur le long terme.

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